26 – Etang Saint-Louis à Suze la Rousse


Destructions d'habitats, Drôme / mercredi, juillet 21st, 2021

Cette page a été la première page de l’Observatoire des Sites Odonatologiques de la région Rhône-Alpes. Elle est en cela un témoin d’une démarche entreprise et qui ne semble jamais terminée… elle pourrait rapidement devenir le symbole et la mémoire du premier site odonatologique majeur amené à disparaître de la région Rhône-Alpes avec l’Etang du Grand Albert en Bonnevaux. Triste mémoire ! – Communiqué du 24 octobre 2010 (C.Deliry)

L’étang Saint-Louis a Suze la Rousse est victime d’un assèchement pour ainsi dire devenu permanent, phénomène critique depuis 2011. Lors du Comité de Pilotage du 7 mars 2019, il est question d’une étude sur le sujet qu’a fait réaliser le CEN Rhône-Alpes. La disparition définitive du marais est cautionnée par le CEN qui considère qu’il n’y a pas de restauration possible du marais selon la conclusion de l’étude. Le Groupe Sympetrum s’est alors opposé énergiquement à cette conclusion. Il s’est manifestement passé un événement inconnu entre 2005 et 2010 et il n’est pas prouvé que la situation est désespérée car il faut trouver la cause de l’assèchement. Nous avons proposé que la police de l’eau de la DDT fasse le contrôle systématique de tous les forages dans le secteur qu’ils soient autorisés ou non. Le Comité de Pilotage s’est rangé à cette proposition de manière unanime (Faton 2018).

L’intérêt odonatologique et attractif de l’étang est souligné dans le Bilan 2016 sur les Odonates de la Drôme, la commune de Suze-la-Rousse est la 9ème plus riche en données odonatologiques pour le département (Faton 2016). Ce sont 19 espèces qui sont rapportées dans le premier plan de gestion (Coïc 1996) et c’est le CORA avec le soutien de notre association qui réalise la première synthèse odonatologique du site en 1997 (Blache 1997). Celle-ci révèle 14 nouvelles espèces ce qui porte le score local à 33. Le relais est pris par notre association les années suivantes (Faton & Delorme 1999, Faton 2001, 2003). Le bilan du suivi des mares rapporté par Pierron (2001) du CREN, rend compte du chiffre exceptionnel de 42 espèces. Il s’agit alors du site le plus riche du département de la Drôme (Faton 2001). L’auteur ne fait part d’aucun signe de menace majeure sur le site.

D’autres éléments naturalistes exceptionnels sont rapportés sur cette localité. Il s’agit notamment le cas de la présence du Pélobate cultripède (Pelobates cultripes) une espèce d’Amphibiens très menacée en Rhône-Alpes qui n’est connue que sur une poignée de localités dans la région (Deliry 2011). Cheylan (2004) soulignait l’intérêt de la préservation de ce site batrachologique exceptionnnel et le CREN (2005) donne un satisfecit sur le sujet : «Le pélobate cultripède semble profiter tout autant que la loeflingie de l’entretien artificiel des zones sableuses qui bordent l’étang Saint-Louis. Ce petit crapaud méditerranéen s’enfouit dans le sable en hiver».

Historique naturaliste et odonatologique résumé

• Années 1960 – Dans les années 1960, M.Breistroffer découvre une petite population de Loeflingie d’Espagne (Loeflingia hispanica) sur les sables gréseux bordant l’étang. Cette espèce méditerranéenne est inscrite au Livre Rouge de la Flore menacée de France et sa population fait l’objet d’un suivi par le Conservatoire Botanique de Gap-Charance. Il s’agit de la station la plus septentrionale de cette plante dont la répartition suit le littoral depuis le Portugal et l’Espagne, jusqu’aux côtes françaises.

Loeflingia hispanica- ©© bysa – Ans Gorter – Tela Botanica

• 1983-1984 – Dès les années 1980, un projet de réserve naturelle est évoquée (Faton & Leprince 1983), en particulier pour l’intérêt herpétologique du site (Magraner 1984). S’en suivra la création d’une Réserve Naturelle Volontaire.

Extrait du document Protection des Zones Humides (Faton 1983)

• 1996 – La fiche ZNIEFF (re. 26200001) indique que l’étang a fait l’objet d’un programme de gestion concertée qui vise à conserver et à restaurer sa diversité biologique ainsi que celle des milieux sableux environnants. – ref. : Coïc 1996.

• 1997 – Proposition de suivi par le GRPLS envisagée dès juin. Un inventaire odonatologique a été réalisé sous la coordination de S.Blache du CORA Drôme à la demande du CREN, en collaboration étroite de J.M.Faton (coord. du GRPLS dans la Drôme), il sera édité sous forme d’un dossier d’étude (Faton 1997, Blache 1997). Des questions de coordination de compétence sont résolues avec le CREN en novembre.

• 1998 – Une mise en place effective d’un suivi est décidée dès octobre suite aux contacts avec B.Coïc (CREN) et prévoira une étude pour 1999-2000 : point avec J.M.Faton en novembre. Un article sur les Libellules du Tricastin, principalement centré sur cet étang (Faton 1998).

• 1999 – Convention avec le CREN prévue dès février et pour une stagiaire de l’Université, V.Delorme en avril. Le suivi odonatologique sur le terrain est réalisé sous la coordination de J.M.Faton, accompagné de V.Delorme. Le Dossier d’étude est rédigé (Faton & Delorme 1999).

• 2000 – Quelques prospections dans le cadre d’un projet de nouvelle année de suivi envisagée. Sans suites.

• 2001 – Négocié depuis octobre 1999, le suivi en validé par Avenant à la Convention avec le CREN. Troisième saison de suivi odonatologique (Faton 2001). Edition de plusieurs synthèses par le CREN (voir Deliry 2021).

• 2003 – Avenant à la Convention avec le CREN pour une nouvelle saison de suivi odonatologique, la quatrième (Faton 2003). Comité de Pilotage en septembre avec présentation odonatologique sous power-point (J.M.Faton). Les connaissances sont en nettes progression : le nombre d’espèces de Libellules est passé de 11 dans les années 1980 à 41 espèces dans les années 2000. Depuis 1995 une dizaine de mares ont été creusées dans le marais dans un but de restauration écologique. Ce dernier score en fait un des sites les plus riche en espèces de la région Rhône-Alpes (état début des années 2000).

• 2004 – Proposition à l’étude de différer le suivi initialement prévu en 2005 à 2006.

• 2006 – Lors du passage du statut de Réserve Naturelle Volontaire en Réserve Naturelle Régionale, le propriétaire n’a pas poursuivi la « collaboration » pour la conservation du site.

• 2007 – La fiche Natura 2000 du site (FR8201676) continue de présenter le site comme une RNV et précise en ces termes : « il s’agit en fait d’un marais en cours d’atterrissement occupant le fond d’une dépression naturelle ».

• 2010 – Des pompages d’eau constatés dans les mares du site contribuent à assécher le milieu, ce qui est particulièrement défavorable aux amphibiens (Pelobates cultripes notamment), à la flore des zones humides ainsi qu’aux Odonates. Nous demandons de nouveaux inventaires afin de mesurer les conséquences de cette situation. A cette date, il n’y a plus aucune trace de la gestion antérieure du site par le CREN. Nous éditons le 24 octobre 2010 un communiqué qui est rappelé plus haut. Nous nous rapprochons de la LPO Drôme (J.Girard-Claudon) pour un projet de courrier alertant sur la situation nouvelle du site. Une rencontre à Villette de Vienne a lieu pour mettre en place une stratégie d’action (31 octobre 2010 – C.Deliry, J.M.Faton). Cette démarche reste malheureusement sans suite (inerties diverses).

• 2011 – Le 16 janvier 2011, point sur la problématique de ce site (L.Raspaïl, J.M.Faton).Ce jour, « dernière » modification de cette page qui avait alors été consultée 412 fois (archives Sympetrum). J.P.Choisy nous relance le 31 juillet 2011 sur le thème de la conservation potentielle de ce marais.

• 2019 – Le 7 mars 2019, J.M.Faton est présent au Comité de Pilotage du site Natura 2000 « Sables du Tricastin » (FR8201676) qui inclut l’étang de Suze la Rousse. La LPO Drôme et le CEN Drôme-Ardèche sont aux commandes. Jean Michel Faton remet en question les conclusions de l’étude et pointe les problématiques des prélèvements en eau locaux (dont forages agricoles) non pris en compte dans l’étude qui pourraient influencer l’état du site. Il est précisé en séance que l’étude a capitalisé les données de prélèvements fournies par les services de l’Etat (donc relevant d’autorisation). Mais des recherches de prélèvements locaux non soumis réglementairement n’ont pas été initiées (extrait du CR du Comité de Pilotage). – Voir aussi plus haut.

• 2021 – Nous proposons le site à la Stratégie des Aires Protégées lors de la réunion de la DDT Drôme, le 19 mai 2021 (J.M.Faton). Le Comité de Pilotage Natura 2000 (Sables du Tricastin) du 22 juin 2021 rend compte de l’étude hydrologique de 2018 qui conclu à un assèchement définitif de l’étang Saint Louis. Il est rappelé la demande faite par courrier en 2020 (cf. CdeP du 7 mars 2019) demandant des investigations plus poussées sur le sujet et leur importance pour juger de la suite à donner pour tenter de sauver la zone humide.

Sources

  • Blanche S. 1997Inventaire et suivi des Libellules de l’étang Saint-Louis, commune de Suze la Rousse (Drôme). – Doc. CORA : 35 pp.
  • Cheylan M. 2004Pelobates cultripes (Cuvier, 1829) {in} Mediterranean Temporary Pools. Vol. 2. – Tour du Valat : 110-112.
  • Coïc B. 1996L’étang St Louis et ses milieux sableux avoisinants. Commune de Suze la Rousse (26). – Plan de gestion, CREN : 56 p. + cartes + annexes.
  • CREN 2005Rapport annuel 2005. – Document.
  • Deliry C. 2011Le Pélobate cultripède Gravement menacé de disparition en Rhône-Alpes. – Histoires Naturelles n°19.
  • Deliry C. 2021 – Bibliographie d’Odonatologie rhônalpine et Hautes-Alpes. – Histoires Naturelles n°21 (1ère édition 2011). – PDF
  • Faton J.M. 1983Protection des Zones Humides. – FRAPNA Drôme, CAUE Drôme, CG de la Drôme.
  • Faton J.M. 1997[Dossier interne au GRPLS, quant à l’inventaire de 1997.] – Doc.
  • Faton J.M. 1998 – Les Libellules du Tricastin. – Le courrier des Epines drômoises, 85 : 12-15.
  • Faton J.M. 2001Suivi des Libellules en 2001. RNV de l’étang St Louis de Suze la Rousse (26). – Sympetrum, coll. Dossier d’étude du GRPLS : 18 pp.
  • Faton J.M. 2003Suivi des Libellules en 2003. Réserve Naturelle Régionale de l’étang St Louis de Suze la Rousse (Drôme). – Dossier d’étude du GRPLS.
  • Faton J.M. 2016 – Bilan « libellules » 2016 – données odonatologiques récoltées dans la Drôme. – Groupe Sympetrum (25 décembre 2016).
  • Faton J.M. 2018 Rapport résumé des activités 2018. – Groupe Sympetrum (14 mars 2019).
  • Faton J.M. & Leprince J.H. 1983L’étang de Suze-la-Rousse (Drôme). – FRAPNA Drôme : 80 pp.
  • Faton J.M. & Delorme V. 1999Suivi des libellules (Odonata) de la réserve naturelle volontaire de l’Etang Saint-Louis de Suze-la-Rousse. – Dossier d’étude du GRPLS : 15 pp.
  • Magraner J. 1984 – Projet de réserve naturelle pour l’étang de Suze la Rousse. – Bull. de la Soc. Herp. de France, 29 : 63-64.
  • Pierron V. 2001L’étang Saint-Louis et ses milieux avoisinants. Commune de Suze la Rousse (26). Révision du Plan de Gestion. Evaluation du Plan de Gestion 1996-2001. Plan de Gestion 2002-2006. – Dossier CREN, CR Rhône-Alpes, CG de la Drôme, SCI Etang St Louis : 83 pp. + annexes.

Image mise en avant – Pelobates cultripes – ©© byncsa – J.Gállego – Flickr