Libellules sans frontières… les Odonates dans et hors de la région


Aeshna caerulea, Coenagrion caerulescens, Coenagrion lunulatum, Coenagrion ornatum, France, Habitats, Sympetrum depressiusculum / vendredi, octobre 9th, 2020

L’étude des Libellules de la « région » Rhône-Alpes implique que dans diverses situations on s’appuie et on complète les connaissances par une étude en dehors de la région.

Si le Groupe Sympetrum est fort cette année 2020 de quelques 110 membres, près d’un membre sur cinq n’habite pas la région. Ceci est une preuve de dynamisme de notre association mais aussi une ouverture sur la connaissance et la préservation des Odonates transfrontaliers. Les Libellules n’ont évidemment pas de frontières.

La région n’est pas un long fleuve tranquille, c’est aussi des recherches et des perspectives à étendre au-delà de ses frontières.

Du côté de la Provence et de PACA

Sympetrum depressiusculum, probablement une des espèces les plus remarquable de France en terme de menace est présente dans la zone rhodano-durancienne de la plaine de Pierrelatte et déborde sur le Vaucluse notamment au niveau de Bollène-Mondragon et dans la plaine d’Avignon. Autrefois l’espèce descendait jusqu’en Crau et en Camargue. Nous pensons fondamental de rechercher d’éventuelles populations relictuelles au niveau de certains fossés camarguais alimentés par l’eau du Rhône.

Coenagrion caerulescens est certainement un des Agrions les plus menacé du pays, si quelques stations sont connues en Ardèche ainsi que dans la Vallée de la Drôme. Cette petite Libellule turquoise occupe de manière plus ou moins continue quelques stations de la Vallée de la Durance. Qu’en est-il de la continuité ou non de populations ardéchoises avec celles du sud des Cévennes ou du Languedoc et du Roussillon ?

Dans ces deux exemples, une action inter-régionale est nécessaire et les adhérents du « sud » peuvent avoir un rôle très important sur l’efficacités de nos actions d’étude et de conservation des habitats.

Du côté de la Bourgogne et Franche Comté

Coenagrion ornatum présente de petites populations à l’extrême nord de la « région » Rhône-Alpes qui forment un ensemble cohérent avec celles de la Bourgogne. Nos populations locales forment-elles un puits, c’est à dire dépendent-elles directement des populations bourguignones ? Sont-elles en continuité de stations voisines situées côté Bourgogne ? Quelle est l’importance de ces dernières pour la conservation des stations rhônalpines ?

Du côté de la Suisse

Aeshna caerulea présente en Haute-Savoie des stations proches de la frontière. On a pensé un temps que les Aeschnes azurées vues côté France étaient des erratiques, en provenance de la contrée helvétique. Or, récemment la reproduction de l’Aeschne a été démontré côté France. La dynamique des populations et des échanges sont encore mal connus.

Du côté de l’Auvergne

Coenagrion lunulatum n’est connu que dans une seule station située sur le Plateau ardéchois. Où se trouvent les stations auvergnates les plus proches ? Quels sont les éventuels échanges entre nos deux régions désormais fusionnées ?

Et si on cherchait les habitats originels ou naturels des espèces ?

C’est probablement en sortant des sentiers battus de l’odonatologie où on décrit les habitats des espèces par les lieux qu’elles occupent communément qu’on fera progresser la conservation des habitats les plus précieux. Il s’agit des habitats naturels des espèces, à savoir des habitats qui fonctionnent naturellement sans actions ou perturbations liées à l’Homme. C’est par une vision régionale et extra-régionale qu’on fera probablement progresser de telles connaissances qui paraissent fondamentales.

Cascade tuffeuse dont certaines annexes intéressent Cordulegaster bidentata

Le long de la Durance, certains sites de reproduction de Sympetrum danae sont situés dans le lit majeur de la rivière, dans des mares et bras secondaires, alimentés par des sources phréatiques une grande partie de l’année. Ces milieux, typiquement fluviaux, sont soumis aux effets des crues violentes de la Durance et au régime hydraulique de cette rivière (« régime nival » avec un débit important au printemps, eau froide …) .La végétation aquatique y est assez rare, avec principalement des espèces pionnières comme des algues Characées (Chara). Dans notre exemple, on note que si les cours d’eau dynamiques pourraient bien être les habitats originels de Sympetrum danae, ces rivières ont pour la plupart du temps disparus de France. Pour l’heure, il me semble que pour cette espèce, cette hypothèse n’est pas formellement prouvée en l’absence d’une méthodologie robuste. Nous pensons cependant que cette espèce, pionnière et adaptable, a trouvé des habitats de remplacement ou de substitution comme des fosses artificielles de tourbières, des étangs d’agréments, des mares pour le bétail… qui n’existaient pas il y a 2000 ans.