Odonates et changements climatiques


Changements climatiques / samedi, avril 17th, 2021

Un historique fourni montre clairement que les Libellules sont des témoins des changements climatiques. Certaines régressent, d’autres progressent. Les enjeux concernent des espèces menacées comme la Déesse précieuse ou les Leucorrhines. Certaines régions ont déjà choisis ces Insectes comme indicateur de l’état de la Biodiversité. Elles changent de couleur, leur mode de reproduction… ainsi les traits biologiques sont concernés et ce n’est pas seulement leur nombre qui est à considérer. On se lance dans les Alpes dans une étude des changements d’altitude à la limite supérieure de leur répartition. Si voici plus de 20 ans que le phénomène est identifié… on en est au début de nouvelles études passionnantes sur nos Insectes préférés.

Le 17 décembre 2006, le Groupe Sympetrum alerte les autorités sur les changements climatiques et les Odonates

Interrogés sur la question par le Conseil Général de l’Isère, et notamment par A.Callec et V.Buthod, nous résumons la situation d’Erythromma viridulum qui était encore relativement rare dans une large part de la région Rhône-Alpes dans les années 1980 et qui est devenue une Libellule commune désormais. Elle a atteint le sud de l’Angleterre et s’est installée en quelques années dans l’île Britannique.

Des espèces en expansion…

La première mention de Crocothemis erythraea en Angleterre date de 1995. Elle est arrivée dans les Flandres en 1987 et en 1997 dans le nord de l’Allemagne (Saxe). Elle est en augmentation en Rhône-Alpes et surtout en simple visite dans la nord de la région dans les années 1980, elle commence à s’y reproduire dès les années 1990-2000. Le Sympétrum de Fonscolombe (Sympetrum fonscolombii) voit toutes ses mention en augmentation. D’abord il ne réalisait sous notre latitude qu’une génération estivale, et, encore exceptionnellement, elle arrive désormais en quelques localités à réaliser son cycle larvaire en période hivernale. Au niveau du Bénélux, des générations estivales se développent désormais.

Des cartes qui se réchauffent en Normandie

Anax parthenope un nouveau résident en Normandie
©© byncsa – Ferran Pestaña

Les Libellules sont considérées comme un des indicateurs normands de la Biodiversité.

La Normandie comprend près d’une douzaine d’espèces à affinité méridionale. Les cartes ci-contre montrent en couleurs chaudes la progression de ces espèces dans les années 1990, les années 1990-2000 et 1990-2010. La région est petit à petit colonisée. Des espèces autrefois exceptionnelles se reproduisent dans certains secteurs les plus chauds. En 20 ans, l’Anax parthenope est passé du statut de migrateur exceptionnel à celui d’une espèce reproductrice en forte expansion. Cette espèce se trouve désormais jusqu’en Suède ou en Finlande.

Sentinelles des changements climatiques : les Leucorrhines en Aquitaine

La Déesse précieuse, une seule station en France : menacée par le climat

La Déesse précieuse, une seule station en France : menacée par le climat

Bien que présentant une aire de répartition vaste, couvrant l’Eurasie, cette espèce est en déclin et et a déjà disparu de nombreuses régions de l’ouest de son aire de répartition. Elle y subsiste le plus souvent dans des endroits très localisés, éloignés les uns des autres. Globalement son habitat régresse (drainage des zones humides, changements climatiques avec déficit pluviométrique et augmentation des températures). Les changements climatiques devraient conduire à la poursuite de son déclin. La pollution est aussi en cause. On ne connaît plus que 25-30 grandes populations en Europe. Son aire est en conséquence de plus en plus fragmentée. Considérée comme Quasi menacée (NT) depuis 2006, la nouvelle révision de 2020 prend en compte des paramètres de fragilité qui sont en aggravation : elle vient d’être rangée dans la catégorie Vulnérable (VU).

Seule une petite population est connue dans le département du Jura. Elle est menacée d’assèchement en raison des étés qui paraissent de plus en plus chaud.

Changement de couleur et chaleur chez les Odonates

Les Libellules sont des ectothermes, ainsi leur chaleur corporelle est liée à l’énergie reçue du Soleil. Si elles sont sombres elles absorbent plus de chaleur, plus claire le principe est inversé. Une étude réalisée en 2014 montre que les populations du nord de l’Europe tendent à s’éclaircir, vraisemblablement sous l’impact du réchauffement climatique. C’est tout particulièrement le cas en Angleterre, Ecosse, est de l’Irlande ou en Suède… mais le phénomène est sensible aussi dans le sud-est de l’Espagne…

Des Caloptéryx sensibles au réchauffement climatique en Haute-Savoie

Le récent Atlas des Odonates de Haute-Savoie paru fin 2020, souligne la progression de Calopteryx splendens et Calopteryx virgo dans les cluses et les vallées de la Haute-Savoie. Ainsi, même des espèces de la faune ordinaire réagissent aux changements climatiques.

… et dans la Drôme

Le grand retournement de situation !
Calopteryx haemorrhoidalis s’installe
Calopteryx splendens régresse
En pleine aire de répartition du C.haemorrhoidalis, on voit dans la Drôme l’explosion brutale des populations au milieu des années 2000 (comptages protocolés). Ailleurs il se répand dans le nord de la région, en Isère et dans l’Ain, secteurs où il était inconnu ou presque.

Etudier les communautés d’Odonates et Amphibiens de haute montagne en réponse au réchauffement climatique

Il s’agit d’un des projets majeur du CIMaE (Climactic Impact on Mountain aquatique Ecosystems) qui lancé en 2021 sous la direction de Marie Lamouille-Hébert se poursuivra jusqu’en 2024. Il y a du travail pour chaque naturaliste amoureux de la montagne qui aura à disposition des outils pour étudier les Libellules et les Amphibiens, ainsi que les Hydrophytes à sa disposition. Participez…

En préambule, ce ne sont pas moins de 124 stations qui ont été prospectées dans les hauteurs et parmi les alpages de la Haute-Savoie, en particulier dans le nord-est de ce département par Marie.


Références ou un peu de lecture…

  • Bernard R. & Wildermuth H. 2020 – Nehalennia speciosa. – The IUCN Red List of Threatened Species 2020. – ONLINE
  • de Knijf G. et Anselin A. 2010 – When south goes north: Mediterranean dragonflies (Odonata) conquer Flanders (North-Belgium). – BioRisk, 5 : 141-153. – ONLINE
  • Faton J.M. 2015 – Libellules et changements climatiques dans la Drôme. – Epines drômoises, 182. – PDF
  • Faton J.M. & Deliry C. 2016 – Changements climatiques. Adaptation des Libellules. – Le Courrier de la Nature, 296. – PDF
  • Goffart P. 2010 – Southern dragonflies expanding in Wallonia (south Belgium) : a consequence of global warming ? – BioRisk, 5 : 109-126. – ONLINE
  • Grand D. 2009 – Les Libellules et le réchauffement climatique. – Rev. sci. Bourgogne-Nature, 9/10 : 124-133. – PDF LINK
  • Lamouille-Hebert M. (coord.) 2020Atlas des Odonates de Haute-Savoie. – FNE Haute-Savoie, Groupe Sympetrum : 53 pp. – PDF
  • Moussus J.P. 2011 – Les Odonates, témoins du réchauffement climatique. – Site Internet, dép. de Biologie, Univ. de Lyon. – ONLINE
  • Swaegers J. & al. 2013 – Rapid range expansion increases genetic differentiation while causing limited reduction in genetic diversity in a damselfly. – Heredity, 111 : 422-429. – PDF LINK
  • Termaat T. & al. 2019 – Distribution trends of European dragonflies under climate change. – Diversity and Distributions, 12 mars 2019. – PDF LINK
  • Watts P., Keat S. & Thompson D.J. 2010 – Patterns of spatial genetic structure and diversity at the onset of a rapid range expansion: colonization of the UK by the small red-eyed damselfly Erythromma viridulum. – Biological Invasions, 12 : 3887-3903. – ONLINE