Révision de la Liste Rouge mondiale de l’UICN (2020)


Coenagrion mercuriale, Cordulegaster bidentata, Gomphus graslilnii, Listes Rouges, Macromia splendens, Nehalenia speciosa, Oxygastra curtisii / jeudi, mars 4th, 2021

VU 2020 (En déclin) – Macromia splendens

Cette espèce est endémique de la péninsule ibérique et de France en deux aires disjointes avec une aire d’occupation relativement réduite. Les progrès des connaissances ont permis la découverte de nouvelles populations en quelques endroits. Elle semble disparaître rapidement face à la pollution des eaux, la sédimentation excessive dans les lacs de barrages qu’elle utilise comme habitat de substitution, le manque d’oxygène et l’introduction d’écrevisses allochtones. Le nombre de site occupé est en déclin et c’est une situation qui devrait se poursuivre. La sécheresse excessive subie désormais sur son aire pendant les mois d’été va très probablement renforcer le phénomène de déclin estimé à plus de 30%, voire plus au cours de la prochaine décennie, tout comme lors de la décennie passée. D’importantes populations ont disparu dans le Massif Central : 5 à 10% des localités connues ne sont plus occupées. On connaît une tendance similaire dans la péninsule ibérique, problème renforcé par des difficultés liées à la pollution, la présence d’écrevisses allochtones et par les sécheresses répétées au cœur de l’été.

Cette espèce précocement identifiée comme Rare (R) en 1986, est classé Vulnérable (VU) en 1986, puis de nouveau Rare (R) de 1988 à 1996, dernière date à laquelle elle reste dans la catégorie Vulnérable (VU) par la suite.

Boudot J.P. 2020Macromia splendens. – The IUCN Red List of Threatened Species 2020.

VU 2020 (En déclin) – Nehalennia speciosa

Bien que présentant une aire de répartition vaste, couvrant l’Eurasie, cette espèce est en déclin et et a déjà disparu de nombreuses régions de l’ouest de son aire de répartition. Elle y subsiste le plus souvent dans des endroits très localisés, éloignés les uns des autres. Globalement son habitat régresse (drainage des zones humides, changements climatiques avec déficit pluviométrique et augmentation des températures). Les changements climatiques devraient conduire à la poursuite de son déclin. La pollution est aussi en cause. On ne connaît plus que 25-30 grandes populations en Europe. Son aire est en conséquence de plus en plus fragmentée.

Considérée comme Quasi menacée (NT) depuis 2006, la nouvelle révision de 2020 prend en compte des paramètres de fragilité qui sont en aggravation.

Photographie d’introduction – ©© bysa – Andreas Thomas Hein (Wikimedia commons)

Bernard R. & Wildermuth H. 2020Nehalennia speciosa. – The IUCN Red List of Threatened Species 2020.

NT 2020 (En déclin) –Coenagrion mercuriale

Il s’agit d’une espèce antlanto-méditerranéenne présente en Afrique du nord–ouest, dans la péninsule ibérique et en Europe occidentale, Angleterre et Pays de Gales compris. Elle était en Sicile et est présente vers l’est jusqu’en Allemagne, Italie et Autriche. Disparue (voire erronée) au-delà. Si des populations florissantes existent, elles sont le plus souvent menacées par les pratiques agricoles intensives modernes, le drainage ou la fermeture du milieu. La maïsiculture en extension apparaît comme un facteur aggravant. Les forêts en extension dans le domaine rhénan est un élément défavorable qui atteint diverses populations. L’espèce est en net déclin en Italie où le nombre de localités est limité à une quarantaine. L’espèce a disparu de Sicile. On pense qu’en Angleterre c’est l’abandon des pâturages qui est un facteur de déclin. Les assèchements sont rapidement défavorables à cette espèce qui nécessite des eaux courantes de manière continue, tant du point de vue débit que thermique. A côté d’une tendance globale au déclin, somme toute assez faible (environ 10 %), s’oppose une certaine stabilité des populations au cœur de l’aire de répartition de l’espèce. Par contre les menaces sur la périphérie de son aire sont particulièrement significatives et le déclin y paraît net. L’existence de populations jusqu’en Slovénie ou en Pologne autrefois, n’est plus argumentée sur le site de l’UICN (doutes ?) : même les données anciennes de l’espèce semble disparaître !

Cette espèce a successivement considérée comme En Danger (EN) en 1986, Vulnérable (VU) de 1988 à 2006, puis Quasi menacée (NT) dès lors.

©© byncsa – Cyrille Deliry – Histoires Naturelles

Boudot J.P. 2020Coenagrion mercuriale. – The IUCN Red List of Threatened Species 2020.

NT 2020 (En déclin) – Cordulegaster bidentata

Présente depuis les Pyrénées à la Sicile et la Mer Noire, à travers l’Europe moyenne, cette espèce a une aire de répartition étendue. Ses habitats et ses stations sont souvent de très petite dimension (suintements, sources, tête de cours d’eau). On la rencontre toutefois en belles populations dans les Balkans ou dans l’ouest de Carpates. Il y a des preuves de déclin en Europe occidentale. Les tendances climatiques actuelles avec tendance à l’assèchement répété des zones de source, lui sont défavorables. On envisage un déclin d’environ 20% de ses habitats au cours de la prochaine décennie.

Cette espèce est considérée comme Quasi menacée (NT) depuis 2010.

© Jean Biseti

Boudot J.P. 2020Cordulegaster bidentata. – The IUCN Red List of Threatened Species 2020.

NT 2020 (En déclin) – Gomphus graslinii

Endémique du sud-ouest de l’Europe, elle a une distribution quasi disjointe car elle manque dans le nord-est et le centre de l’Espagne. On envisage que la dégradation de son habitat et l’expansion d’espèces envahissantes comme les écrevisses devraient entraîner une diminution de ses populations d’au moins 10% par décennie. Le déclin n’est toutefois pas confirmé dans le sud de la France, au moins pour partie.

Cette espèce a été considérée comme Rare (R) de 1986 à 1996, Vulnérable (VU) de 1996 à 2006 et Quasi menacé (NT) depuis.

©© byncsa – Jean-Michel Faton

Boudot J.P. 2020Gomphus graslinii. – The IUCN Red List of Threatened Species 2020.

LC 2020 (Stable) – Oxygastra curtisii

Cette espèce est quasi-endémique de l’Europe, où elle est assez commune dans une grande partie de la péninsule ibérique et en France. Son déclin passé notamment en marge de son aire de répartition devrait se poursuivre lentement au cours de la prochaine décennie (dégradation anthropique de son habitat, sécheresses liées au réchauffement climatique, introduction d’écrevisses envahissantes). Elle apparaît néanmoins comme non menacée (LC) bien qu’elle puisse s’approcher par son déclin envisagé de la catégorie Quasi menacée (NT A2c, A3c).

Notons que cette espèce a été successivement considérée comme En Danger (EN) en 1986, Vulnérable (VU) de 1986 à 2006 et Quasi menacée (NT) de 2006 à 2020. Son changement de statut est à la fois liée aux progrès des connaissances et à une amélioration de sa situation globale.

©© byncsa – Jean-Michel Faton

Boudot J.P. 2020Oxygastra curtisii. – The IUCN Red List of Threatened Species 2020.