Etangs du Grand Albert et Petit Coquet (Arzay – 38)


Isère, Sites odonatologiques / vendredi, octobre 2nd, 2020

Les étangs de Bonnevaux sont situés au sein d’une vaste Massif forestier en Isère situé entre 500 et 600 m d’altitude. Il y en a près de 300. Les étangs alimentés par l’eau de pluie forment des chaînes, l’eau passant d’un étang à l’autre et sont peu ou non soumis aux pollutions agricoles. Parmi eux, l’Etang du Grand Albert avec une surface de 16 ha est de loin le plus grand et il s’agit du plus grand étang du département de l’Isère. Il se situe à la suite d’une chaîne d’étangs se trouvant sur la tête du Bassin de la Rivière de la Varèze, un cours d’eau affluent du Rhône.

Etang du Grand Albert en 2000
Photographie Sylvain Montagner ©
Détails d’éléments de la végétation riveraine du Grand Albert
Photographie Sylvain Montagner © 2000

L’étang du Grand Albert a appartenu aux seigneurs d’Ornacieux et a été acheté en 1874, ainsi que celui du Petit Coquet, par Félix Albert Pion. En 1970 ses descendants créent un SCI familiale et louent les deux étangs à une association de pêcheurs. En mai 2008 faute d’entretien, la digue du Grand Albert s’est rompue et depuis s’assèche et se ferme par enforestement rapide. Le Groupe Sympetrum était intervenu à l’époque sur l’urgence de rétablir la mise en eau de l’étang afin de préserver sa flore et sa faune originale, mais rien n’a été fait et par un communiqué du 10 octobre 2010 nous avions insisté sur ce fait. Si la remise en eau est projetée, la récupération de la flore originelle semble pour partie compromise et celle de sa faune suivra le cortège alors rétabli.

Fondée le 3 mars 2017 l’Association Collectif Grand Albert, basée à Arzay a pour objet de promouvoir, avec les propriétaires, la restauration de l’étang du Grand Albert, d’entretenir et animer le site. Une convention ORE (Obligation Réelle Environnementale) a été signée le 21 septembre 2018 entre les propriétaires et la LPO Isère pour une durée de 99 ans. Elle témoigne de la volonté des propriétaires de remettre en eau l’étang et de restaurer la biodiversité du Grand Albert. Il s’agit de retrouver un site naturel qui sera protégé pour une très longue durée. Début 2019, l’Association met en ligne son site Internet.

On pense que les étangs ont été pour l’essentiel créés dès le XIIe siècle par des moines à des fin de production de poissons pour leur consommation et la ventre sur les marchés de Vienne ou de Lyon.

Nature Vivante et le Groupe Sympetrum ont étudié les étangs de Bonnevaux entre 2009 et 2011 en collaboration avec la FRAPNA Isère, la LPO Isère et l’association botanique Gentiana. Les inventaires se poursuivent.

Initialement le Groupe Sympetrum avait édité deux Dossiers Rouges (Deliry 1996, Börner 1996) concernant le Massif de Bonnevaux dont l’étang du Grand Albert. Les premières visites odonatologiques ont été réalisées par Charles Degrange en 1960, puis par le même observateur le 13 mai 1965, vraisemblablement dans le cadre de la préparation d’une sortie de la Société Dauphinoise d’Etude et de Protection de la Nature qui eut lieu le 30 mai 1965 (Petti & Grangaud 1965). Sur la base de ces éléments des années 1960, Dommanget (1987) avait classé les étangs de Bonnevaux parmi les sites odonatologiques remarquables de France.

Ce n’est que le 1er juillet 1996 que l’étang reçu une nouvelle visite, alors par Cyrille Deliry, qui découvre un étang présentant quelques anses tourbeuses avec des bordures flottantes de Sphaignes, un patrimoine écologique probablement à jamais disparu. Avant la rupture de la digue en mai 2008, il n’y eu qu’une seule autre visite odonatologique, le 20 mai 2000, réalisée par Olivier Benoit-Gonin et Cyrille Deliry et un diagnostic réalisé par Sylvain Montagner le 2 juin 2000 (photos plus haut). L’étang est décrit par ce dernier, selon une alternance de jonchaies et de phragmitaies, soulignant qu’il s’agissait d’un des rares étangs du Massif à posséder des Utriculaires. Ensuite les quelques autres observations de Libellules ne concernent que des individus probablement venus d’étangs voisins. Hormis 1965, aucune prospection sérieuse de l’étang n’a jamais été effectuée, mais la connaissance des étangs de Bonnevaux voisins est tout à fait satisfaisante.

L’étang Petit Coquet a été mieux étudié, mais aussi plus récemment. Il s’agit du seul site de la région Auvergne-Rhône-Alpes à posséder les trois espèces de Leucorrhines de plaine : Leucorrhinia albifrons, Leucorrhinia caudalis et Leucorrhinia pectoralis. Dès sa première visite le 25 mai 2009 réalisée par Denis Deloche et Nicolas Souvignet, les trois Leucorrhines étaient repérées notamment par leurs exuvies et les visites récentes rendent compte de la pérennité de ces espèces.

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Références odonatologiques

  • Börner F. 1996 – La Varèze et ses milieux annexes. – Dossier Rouge du GRPLS n°21.
  • Deliry C. 1996 – Le Massif de Bonnevaux. – Dossier Rouge du GRPLS n°22.
  • Dommanget J.L. 1987 – Etude Faunistique et Bibliographique des Odonates de France. – Inventaire de Faune et de Flore, SFF, MNHN, Paris : 283 pp.
  • Petti & Grangaud 1965 – Les étangs de Commelles et d’Arzay près de la Côte St André (30 mai 1965. – Bull. Soc. Dauph. d’étude Biol. et de Prot. de la Nature, 1964, 16 : 40-42.